Interview croisé d’Henri-Louis Schwal et Serge Guérin (Septembre 2017)

Les aidants familiaux, une nouvelle donne sociale pour l’entreprise – Les echos – septembre 2017

Conscientes des impacts de la situation d’aidant familial sur la vie personnelle et professionnelle, des entreprises font le choix d’accompagner leurs collaborateurs concernés.

Un article paru sur le site « Les echos »

De tout temps, l’être humain a naturellement pris soin des anciens et des plus fragiles de sa communauté. Depuis peu, celui ou celle qui s’occupe bénévolement d’un proche porte un nom : aidant familial. «  Il fallait un mot pour ce qui constitue une nouvelle donne sociale et économique », pointe Henri-Louis Schwal, président de Formell, société spécialisée dans l’accompagnement des aidants salariés en entreprise. Plusieurs raisons ont conduit à ce que les personnes en perte d’autonomie nécessitant une aide soient plus nombreuses : allongement de la durée de vie, augmentation des maladies chroniques, préconisation du maintien à domicile pour motif économique… «  La France compte aujourd’hui 10 millions d’aidants. Ils seront 17 millions en 2020 », alerte Henri-Louis Schwal.

Ce phénomène sociétal n’est pas sans conséquences pour les entreprises, puisque 45 % des aidants se révèlent actifs. «  Cela signifie que, dans chaque entreprise, il y a potentiellement 17 % de collaborateurs en situation d’aidant familial », remarque Henri-Louis Schwal. S’occuper quotidiennement ou régulièrement d’un proche de grand âge, d’un enfant en difficulté, d’un parent souffrant d’un handicap, d’une maladie chronique ou neuro-dégénérative n’est évidemment pas chose aisée. Les impacts sur la vie personnelle mais aussi professionnelle sont quasiment systématiques. Le fait d’être aidant constituerait la première cause d’absentéisme.

«  On estime que cela représente 40 jours de non-productivité par an : en moyenne, durant 25 jours, un salarié aidant s’absente véritablement, et au moins pendant 15 jours, il fait du présentéisme, étant fatigué, stressé, non-opérationnel… » précise Henri-Louis Schwal. Le coût social global de cette réalité est estimé à 20 milliards d’euros. «  Un salarié aidant « coûte » 5.000 à 8.000 euros par an », poursuit-il. Plus ou moins conscientes du phénomène, les entreprises sont aux prémices d’une démarche d’accompagnement de leurs salariés aidants. Henri-Louis Schwal a justement fondé l’entreprise Formell pour aider les organisations à préserver la santé de leurs salariés en situation d’aidants.

Sensibiliser les collaborateurs

«  Selon le sociologue Serge Guérin (lire l’interview ci-dessus), « un aidant familial qui vient quand meme travailler est une personne qui possede en elle les ressources pour faire face, mais a qui il manque la boîte a outils pour arriver à bien concilier vie personnelle et vie professionnelle ». Mon objectif est de fournir cette fameuse boîte à outils », explique Henri-Louis Schwal. Parmi les premiers dispositifs qu’il préconise, figurent des sessions d’information et de sensibilisation à l’intention de tous les collaborateurs. Cela est notamment l’occasion pour les personnes concernées de se reconnaître et de se sentir reconnues. Par ce biais, il s’agit de communiquer sur l’écosystème d’accompagnement – financier, juridique, humain… – qui existe pour les aidants. Et d’en finir avec certaines craintes, par exemple la peur de la discrimination.

Protéger ceux qui protègent

«  Pour les aidants les plus fragiles, nous proposons des formations avec un suivi de quatre mois qui portent sur la compréhension des pathologies, l’identification des besoins, etc. Les entreprises que nous accompagnons [parmi lesquelles Airbus, Latécoère, Crédit Agricole, Caisse d’Epargne, Toulouse Métropole, NDLR] s’engagent à ce que ces formations soient dispensées pendant le temps de travail », insiste Henri-Louis Schwal. Le groupe Airbus a fait le choix de financer également ces cursus pour les conjoints de ses salariés aidants. Protéger ceux qui protègent n’est pas vain : les aidants ont 60 % de risques supplémentaires de contracter une maladie liée au stress et au surmenage.

Un article de J. L. B., Les Echos disponible ici
2017-09-15T10:42:12+00:00